Sunita Williams : ce que neuf mois dans l'espace m'ont appris sur la Terre

Crédit photo, NASA
- Author, Divya Uppal
- Role, BBC News Inde
"Quand on regarde la Terre d'en haut, les disputes et les conflits paraissent tellement absurdes."
Pour Sunita "Suni" Williams, astronaute de la NASA dont la carrière s'étend sur près de trois décennies, la vue depuis l'espace a laissé une empreinte indélébile qui influence sa vision de l'humanité, de la technologie et de notre planète.
Au cours de trois missions de longue durée à bord de la Station spatiale internationale (ISS), Williams, âgée de 60 ans, a passé plus de 600 jours en orbite, réalisant un nombre record de sorties extravéhiculaires pour une femme.
Depuis l'espace, les frontières et les conflits perdent de leur importance, dit-elle.
"Quand on regarde notre planète d'en haut, on réalise que nous sommes tous ensemble au même endroit", explique-t-elle. "La même eau, le même air, les mêmes terres émergées". Cette perspective renforce l'importance de l'empathie, affirme Williams.
"Peut-être devrions-nous tous prendre un moment, aller nous ressourcer dans la nature. Et nous écouter les uns les autres, car chacun a probablement quelque chose de pertinent à dire."
La mission spatiale prolongée

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Williams, qui a pris sa retraite de la NASA en décembre dernier après 27 ans de service, confie que ce ne sont pas seulement les missions qui restent gravées dans sa mémoire, mais aussi ses nombreux collègues.
"Je pense à toutes les personnes formidables qui m'ont guidée, conseillée et qui m'ont permis d'en arriver là", dit-elle.
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Son dernier vol spatial, en 2024, ne devait durer que quelques jours, mais des problèmes techniques avec le vaisseau Starliner de Boeing l'ont contrainte à rester à bord de l'ISS pendant plus de neuf mois.
Elle a pris la situation avec philosophie, car elle adore être dans l'espace.
"J'ai eu la chance de faire beaucoup de choses que j'aime : regarder par le hublot, écrire dans mon journal, mener des expériences. C'est un laboratoire extraordinaire."
Ses journées étaient bien remplies : expériences scientifiques, entraînement au bras robotique, réparations d'équipements, réunions avec les équipes au sol et plusieurs heures d'exercice quotidien.
"Chaque jour est différent, ce qui le rend très passionnant", dit-elle.
Mais émotionnellement, ce séjour prolongé a été difficile – elle avait fait des projets avec sa famille, notamment sa mère, octogénaire. "J'avais l'impression d'avoir perdu du temps, car je n'étais pas avec elle et je ne faisais pas grand-chose, surtout avec ma nièce et mon neveu", explique-t-elle.
Mais le soutien de sa famille l'a réconfortée.
"Ils m'ont dit : 'vas-y, amuse-toi bien là-haut, emmène-nous avec toi et reviens sains et saufs dans un vaisseau spatial'. Cela m'a vraiment rassurée."

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Un "retour aux sources" dans une Inde en mutation

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Williams, d'origine indienne, s'est rendue récemment en Inde pour la première fois depuis plus de dix ans afin d'assister au Festival littéraire du Kerala à Kozhikode.
Lors de son séjour à Delhi et au Kerala, elle a rencontré des étudiants, des scientifiques et le public du festival, et a évoqué sa vie dans l'espace et le chapitre final inattendu de sa carrière.
Chaque visite est une expérience unique, confie-t-elle. Cette fois-ci, elle a été particulièrement marquée par l'ambition croissante de l'Inde en matière de science et d'innovation.
"Les gens sont prêts à relever tous les défis dans le domaine technologique, y compris dans le secteur spatial", explique-t-elle.
Son lien avec l'Inde est profondément personnel : dans son village ancestral de Jhulasan, au Gujarat, les habitants célèbrent depuis longtemps ses réussites comme les leurs.
"C'est vraiment touchant", dit-elle. "J'y suis allée avec mon père et ma famille, ce qui rend ce moment encore plus émouvant. Je connais les gens là-bas."
IA, exploration et potentiel de l'Inde

Crédit photo, NASA
Williams décrit l'intelligence artificielle comme un outil puissant pour les missions scientifiques et spatiales, mais avec ses limites.
"L'IA peut traiter les données beaucoup plus rapidement, effectuer des calculs complexes et trier l'information", explique-t-elle. "Et les robots peuvent automatiser les tâches répétitives, permettant ainsi aux humains de se concentrer sur les décisions. Ce n'est pas la solution miracle. C'est un outil qui nous aide à explorer davantage."
"L'imagination est la seule limite pour l'Inde", affirme-t-elle, ajoutant que le pays "possède un potentiel humain immense et de nombreux cerveaux capables de réaliser des choses extraordinaires".
Par ailleurs, Williams, qui confie n'avoir "absolument pas envisagé de travailler dans l'espace", espère que la prochaine étape de sa vie sera marquée par les voyages, sa famille et de nouveaux défis.
Elle souhaite explorer davantage l'Inde, des plages du Kerala aux montagnes du Ladakh.
Je" suis une amoureuse de la montagne", dit-elle. "J'ai besoin d'y retourner un jour."
Réfléchissant aux leçons que lui a apprises l'espace, elle marque une pause et conclut : "soyez patients. Et écoutez-vous les uns les autres."















